Le blog contrarien et anti-mainstream qui pense et prépare le drame de l'après-crise.
2 Février 2013
J'ai entendu mardi soir sur BFM Business un invité de l'émission que j'écoutais répéter ce lieu commun archi-rebattu : "sur le long terme, la bourse reste le meilleur investissement", dans la continuité des billevesées qu'on entend et lit ces temps-ci sur le thème de la chanson "les marchés actions vont monter en 2013, le consensus est à +10%, peut-être +15%, voire +20%".
Alors j'ai la lourde et peu agréable tâche de démontrer que non, trois fois non, la bourse n'est pas le meilleur investissement sur le long terme, en tout cas pas sur les 10 ou 20 dernières années, ce qui dans la vie d'un investisseur, vous en conviendrez, représente déjà de belles durées.
Et là, j'entends déjà des voix s'élever pour m'asséner dans un élan pavlovien que cette réflexion est ridicule car il y a 20 ans, le CAC 40 dépassait à peine les 1900 points quand il se trouve aujourd'hui à près de 3800 points, soit tout de même une hausse de 100%, soit un petit rendement annuel moyen de 5% sur 20 ans, ce qui n'est pas miraculeux mais bien mieux que le livret A. Et même, qu'au cours de ces 20 dernières années, le CAC a connu deux pics à plus de 6000 points, en 2000 et 2007, ce qui à l'époque représentait des hausses de près de 300% par rapport à février 1993.
Le CAC 40 est, comme la plupart des indices boursiers, l'agrégation de valorisations boursières de plusieurs valeurs rapportées sous forme d'indice, afin d'en suivre de façon cohérente l'évolution. Un point de CAC 40 réprésente donc une fraction de la valorisation totale des 40 valeurs qui le composent, laquelle est exprimée en euros. Il est donc juste de considérer qu'un point de CAC est corrélé à la devise dans laquelle les valeurs qui le composent sont exprimées. Comme une devise dépend de la politique monétaire et de son environnement économique, sa valeur intrinsèque fluctue dans le temps et son pouvoir d'achat varie au gré de l'inflation ou de la déflation dont elle est l'objet. Ainsi un euro de 2003 n'a pas la même valeur qu'un euro de 2013, car entre temps dix années d'inflation ont érodé son pouvoir d'achat de près de 20%. Par conséquent, de la même façon, un point de CAC 40 de 2003 n'a pas la même valeur qu'un point de 2013.
Comme vous le verrez sur le graphique que j'ai créé spécialement pour cette démonstration (voir ci-dessus), le CAC 40 corrigé de l'inflation démarre en février 1993 à 1925 points et arrive en février 2013 à 2498 points. Soit, en vingt ans, une hausse réelle de +29%, ou bien un rendement annuel moyen de +1,45%.
Et sur une dizaine d'année, c'est bien pire. En février 2003 (pourtant au plus bas après l'éclatement de la bulle internet et les attentats du 11 septembre 2001), le CAC 40 était à 2770 points pour arriver aujourd'hui en valeur corrigée de l'inflation à 3050 points, soit une hausse réelle de 10%, ou bien un rendement annuel moyen de +1% (voir graphique ci-dessous).
Ces très faibles performances ont pourtant les points de départs les plus bas de l'indice sur 20 ans... Que dire de l'investisseur entré au plus haut, à l'été 2000 quand le CAC fleurtait avec les 6700 points ? En valeur nominale à 3800 points aujourd'hui, sa perte est de -43%, et en valeur corrigée de l'inflation, le CAC serait de 2900 points, soit une perte réelle de -56% en 13 ans, ou bien un rendement annuel de -4,30%.
Sur la même période, l'once d'or est passée de 300 € en juillet 2000 à 1220 € aujourd'hui, soit une progression réelle corrigée de l'inflation de +225%, ou bien un rendement annuel de +17%.
Evidemment, quel invité à l'antenne de BFM Business passionnera les auditeurs et assurera les revenus publicitaires en disant simplement de mettre des morceaux de métal dans un coffre et de les laisser sereinement dormir ?