Le blog contrarien et anti-mainstream qui pense et prépare le drame de l'après-crise.
28 Février 2013
Cessons de béatifier, de sanctifier Stéphane Hessel, ce matraquage finit par être insupportable. Les médias reprennent tous en choeur le mythe : Stéphane Hessel avait dénoncé tout ce qui allait de travers.
C'était devenu son fonds de commerce. Quel mérite existe-t-il à dénoncer tout ce qui va mal dans ce monde ? Un enfant de 5 ans peut aussi dire qu'il trouve que la faim, les guerres ou l'injustice sont intolérables. Monsieur Hessel mettait tout dans le même sac : dérégulation capitaliste, systèmes politiques dictatoriaux, exactions, les sans papiers, etc, sans remise en perspective. Son succès vient de ce qu'il a écrit son manifeste à un âge avancé, ce qui aux yeux des médias lui conférait une sagesse renforcée par son passé de "résistant". On oublie que Monsieur Hessel est né Allemand, dans l'Empire allemand de 1917 que sa famille a choisi de quitter en 1925 pour des raisons économiques. Naturalisé Français, en 1939 il est mobilisé puis fait prisonnier, il s'évade et part à Londres sur les conseils d'un ami, il s'allie à la Résistance de 1941 à 1944, à un poste au bureau central de renseignement et d'action, à Londres. Sa première opération de terrain en France (diffusion d'informations) est en mars 1944, il est capturé en juillet sur dénonciation, puis déporté. Il s'évade à nouveau, se fait reprendre puis rejoint les troupes américaines le... 8 mai 1945. Bref, monsieur Hessel a un passé qui n'a d'héroïque que les réactions relativement ordinaires dans les circonstances d'une époque extraordinaire. En octobre 1945 il passe un concours et entame, à 28 ans, une carrière diplomatique et pendant les 40 années suivantes, il suivra un parcours confortable de fonctionnaire technocratique droit-de-l'hommiste parfait, s'alliant opportunément aux influences des pouvoirs successivement en place, quelqu'en fut le bord.
Mais il est foncièrement gauchiste, idéaliste et au crépuscule de sa vie il écrit un manifeste d'indignation, tout pour plaire à une presse qui relaye la communication sur l'ouvrage d'une façon incroyable car elle y voit la possibilité de créer une légende à bon compte. Sans retirer les qualités de cet homme, je crois que c'est surtout sur notre époque qu'il faut s'interroger ainsi que l'a déclaré Richard Prasquier : " Stéphane Hessel fut avant tout un maître à ne pas penser et sa mise au pavois, malgré ses accommodements avec la vérité historique et sa faiblesse argumentative, en dit beaucoup sur le désarroi intellectuel de notre société et sur le rôle aberrant qu'y joue le marketing des individus qu’on transforme à bas prix en luminaires idéologiques."
Je sais que je vais me faire tirer dessus à boulet rouge car j'attaque une icône en pleine période de recueillement émotionnel médiatique, mais ne sommes-nous pas ici pour nous poser des questions... L'homme était sans doute respectable, le mythe ressemble lui à une arnaque. Paix à son âme.